2008 - Le Bossu

2008 - Le Bossu

Du 11 juillet au 10 août
21 représentations
20.000 spectateurs
D’après l'œuvre de Paul Féval
Adaptation inédite de Éric-Emmanuel Schmitt

Un bien vivant Bossu
(...) A Villers-la-Ville, l'adaptation du roman de Paul Féval porte la signature d'Eric-Emmanuel Schmitt. Le décor est féerique, évidemment. Et une scénographie simple permet que la quasi-totalité du spectacle soit jouée au même endroit. Le public fait uniquement un aller-retour "dans une petite maison parisienne" juste avant l'entracte. Avant de revenir à la scène principale pour le dénouement. Si Le Bossu ne surprend pas par son intrigue, il plaît toutefois par sa vivacité. Le duo formé par Passepoil (Michel Poncelet) et Cocardasse (Gérald Wauthia) apporte ce qu'il faut d'humour à la pièce. Aurore de Nevers, interprétée par Stéphanie Van Vyve, y ajoute de la fraîcheur. tandis que les combats de cape et d'épée sont savamment orchestrés et menés ardemment par Lagardère (Philippe Résimont, remplacé après une méchante chute survenue après deux représentations par Michelangelo Marchese). On notera également les lumières de Christian Sténuit, qui nous offre une ambiance flamboyante et impressionnante dans la seconde partie du spectacle. Samedi soir, le tonnerre n'a été que d'applaudissements. (...)
Adrienne Nizet, Le Soir, 14 juillet 2008

Affiche & Photographies

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Lagardère sauvé des eaux
(...) Dans son texte, Schmitt a introduit un aimable second degré que la mise en scène de Pascal Racan sert à ravir. Ainsi, une brève scène nous montre le bossu et lagardère ensemble sur le plateau... L'élément comique assuré par Cocardasse et Passepoil donne un efficace contrepoint aux scènes de combat et aux fortes émotions en jeu dans cette histoire de rapt, de détournement de fortune, de vengeance et d'assassinat. Jacques Cappelle a magistralement orchestré les nombreux combats. Dans le registre de la féerie lumineuse (Christian Sténuit), le bouquet final, sans doute un peu appuyé, enchante l'assistance et incendie la froide nuit brabançonne. Aux saluts, Philippe Résimont prend a juste titre une ovation, Michelangelo Marchese a tellement bien défendu son personnage que les spectateurs le huent et l'applaudissent en même temps, Michel Poncelet et Gérald Wauthia recueillent une "claque" largement méritée. On est ici dans le premier et délicieux degré de la fable, proposée et consommée sans arrière-pensées, pour le pur plaisir du jeu.
Philip Tirard, La Libre Belgique, 14 juillet 2008

"Le Bossu" à Villers: action!
(...) Des combats, de l'amour, de la bravoure: la panoplie du genre est réunie. Sans oublier l'humour. Avec un Passepoil (Michel Poncelet) et un Cocardasse (Gérald Wauthia) qui nous font rire à chacune de leurs apparitions. (...) L'adaptation d'Eric-Emmanuel Schmitt est rapide, nerveuse. Elle veut nous en mettre plein la vue. C'est chose réussie. Une dizaine de comédiens combattent sur scène lors de la mort du duc de Nevers. La scène de 30 mètres d'ouverture est entièrement utilisée. Où que le regard se porte, des lames, des coups de poing et de pied. Le tout dans une orgie de son et de lumière. Comme un bon film d'action, Le Bossu nous entraîne dans un autre monde: celui où l'amour triomphe du Mal, celui où l'amour peut, après diverses péripéties, enfin se vivre en plein jour. Dans ces ruines qui renforcent la dimension chevaleresque de la pièce, assurément ce Bossu divertira.
Quentin Colette, Vers l'Avenir, 14 juillet 2008

La malédiction du Bossu
(...) Le récit (chargé de ruses, d'intrigues, d'humour, de grands sentiments et d'une franche naïveté) de cette chasse que se livrent mutuellement le chevalier de Lagardère et le prince de Gonzague, avec en toile de fond la défense des intérêts et du bonheur de la jeune et jolie Aurore de Nevers, captive à ce point qu'on en vient à penser qu'il s'agit là du meilleur spectacle jamais proposé dans ces ruines de Villers. Et pourtant, il y en a eu de très bons! Du vrai théâtre! Avec un texte beau comme ça, revisité par le désormais belge Eric-Emmanuel Schmitt, et proposé par des interprètes de très grand talent. (...)
Eddy Przybylski, La Dernière Heure, 15 juillet 2008

LA DISTRIBUTION

PHILIPPE RÉSIMONT puis MICHELANGELO MARCHESE (Lagardère ~ Le Bossu)
MICHELANGELO MARCHESE puis PASCAL RACAN (Le Prince de Gonzague)
STÉPHANIE VAN VYVE (Aurore de Nevers)
MICHEL GUILLOU (Le Régent)
DIDIER COLFS (Peyrolles)
DELPHINE CHARLIER (Blanche de Caylus)
GÉRALD WAUTHIA (Cocardasse)
MICHEL PONCELET (Passepoil)
DENIS CARPENTIER (Le Duc de Nevers)
RONALD BEURMS (Staupitz)
CHRISTEL PEDRINELLI (Flor)
NOËL BAYE (Maître Fidelin, escrimeur)
JEAN-FRANCOIS ROSSION (Bonnivet, escrimeur)
ARNAUD CREVECŒUR (Bourgeois, escrimeur)
MATHIEU DEBATY (Bourgeois, escrimeur)
LAURENT DENAYER (Bourgeois, escrimeur)
JÉRÉMY GENDROT (Bourgeois, escrimeur)

L'ÉQUIPE DE RÉALISATION

Mise en scène: PASCAL RACAN
Adaptation: ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT
Maître d’armes: JACQUES CAPPELLE
Création des costumes: THIERRY BOSQUET
Scénographie: PATRICK de LONGRÉE

Décor sonore: LAURENT BEUMIER
Création des lumières: CHRISTIAN STENUIT
Création des maquillages: JEAN-PIERRE FINOTTO
Assistante à la mise en scène: SOPHIE D’HONDT
Assistant du maître d’armes: MICHELANGELO MARCHESE
Accessoires et régie de plateau: PIERRE RONTI
Régie tops: SOPHIE D’HONDT
Régie son: NICOLAS PERRETIER - QUENTIN HUWAERT
Confection des costumes: MAGHET COSTUMIER - CORINNE de LAVELEYE - JOACHIM LAMEGO DE ALMEIDA SOPHIE DE CUYPER
Construction des décors: JEAN-JACQUES ALLART - JOËL BOUQUIAUX - OLIVIER DE BONDT - JEAN-POL FOLLAND - STEVE GILLAIN - OLIVIER WATERKEYN
Peintures des décors: OLIVIER WATERKEYN
Masques: FABRICE CECILIANO
Coiffures et perruques: VÉRONIQUE LACROIX
Habilleuse: MARIANNE BRACONNIER
Maquilleuses: Florence JASSELETTE - Tiphanie LANSSENS - Djennifer MERDJAN - Pimprenelle NIEUS
Opérateurs lumières: CHRISTIAN STENUIT - LUC DE CLIMMER - DIDIER COUNEN
Installation son et lumière: CHRISTIAN AIGEUR - STÉPHANE DESPA - DIDIER DEWAELE - DIDIER COUNEN - LUC DE CLIMMER - SERGE HIOCCO - DIDIER VANES - JEAN-CLAUDE VERVAEKE
Accueil réservations: SANDRA BRENDERS - ALICE DERU - SÉVERINE WEYNE
Assistant de production: DAVID SAMUËL COURTOIS
Produit par: RINUS VANELSLANDER et PATRICK de LONGRÉE

UNE ŒUVRE ROMANESQUE

Résumé de l’intrigue

De trois Philippe, grands amis –Philippe de Gonzague, Philippe de Nevers, Philippe d’Orléans, régent–, l’un d’eux, Gonzague, commet un crime en assassinant ­Nevers; puis il épouse la veuve et jouit tranquillement de la fortune de sa victime. Lagardère a recueilli en grand secret Aurore de Nevers, fille du défunt. Aussi s’emploiera-t-il à découvrir l’assassin, puis à faire connaître à tous l’identité de la jeune fille, en lui rendant sa ­fortune et son nom. Pour ce, Lagardère, simulant ­l’infirmité du Bossu, se rend dans la cour de l’hôtel de Gonzague où ont lieu les marchandages et les spéculations financières qu’a entraînés la fondation du système de Law. C’est à proprement parler sur son dos de bossu, qui sert en l’occurrence de table, que s’effectuent tous ces marchés. Maintes émotions attendent notre héros : duels, guets-apens, vols et poursuites acharnées avant que Lagardère, ayant échappé par miracle à sa perte, parvienne à occire son ennemi, grâce à la redoutable “botte de Nevers”. Enfin, Aurore de Nevers recouvre sa fortune et, vengée, épouse son bienfaiteur...

Le personnage de Lagardère

Henri de Lagardère commande un groupe de volontaires royaux. Sa naissance est obscure. Devenu chevau-léger, officier, il a été maintes fois cassé, a eu plusieurs affaires d’honneur, et a même tué son colonel. Il est jeune et grand. Son esprit est plein de ressources, sa bravoure sans égale, et son épée inspire une terreur profonde. Ame noble, il lutte pour la défense d’une juste cause, et au milieu des traîtres, des spadassins stipendiés par Philippe de Gonzague, dans la société corrompue de la Régence, il déjoue les plus noirs complots et fait triompher le bon droit. Pour épier ses ennemis il prend l’apparence d’un bossu; son dos sert de pupitre aux agioteurs ­emportés par la frénésie de la spéculation (affaire Law) ; cela lui permet de se glisser partout, d’écouter sans être suspecté. Il ne se démasque qu’à l’heure de la vengeance. Ayant été le témoin d’un guet-apens tendu au duc de ­Nevers, il a recueilli sa fille née d’un mariage secret, et détient la page du registre de paroisse qui certifie l’origine du bébé. A Nevers expirant, traîtreusement poignardé dans le dos, il jure d’être un père pour la fillette, seule héritière de l’immense fortune de son père. A l’assassin masqué il avait lancé cette apostrophe : “Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi.” Gonzague a épousé la veuve de Nevers, et a vainement fait rechercer la petite Aurore, car un arrêt du Parlement a fait tenir en suspens l’envoi en possession de la fortune de Nevers qui devrait revenir à lui, Gonzague, le plus proche ­parent. Lagardère fait échouer tous les complots. Il fait éclater la vérité par un véritable coup de théâtre ­savamment amené et, quand Gonzague confondu aux yeux de tous s’élance vers lui l’épée haute, Lagardère lui porte la fameuse botte de Nevers. Il a tenu son serment et fait justice.

PAUL FÉVAL

Auteur

1858. Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi... La fameuse réplique du Bossu résonne depuis 150 ans dans l’imaginaire collectif.

Son auteur, Paul Féval est né en 1816, à Rennes, où il passe les premières années de sa vie. La région va jouer un rôle dans son œuvre, puisque l’auteur va par la suite régulièrement s’inspirer de la culture et du folklore ­bretons. Il passe une licence de Droit et devient avocat en 1836, mais abandonne rapidement cette profession, après une malheureuse plaidoirie. Il quitte la région pour Paris, dans l’espoir de réussir dans les lettres.

Après des débuts littéraires difficiles (Un duel sous l’eau, sa première nouvelle, paraît en 1837), il connaît un ­certain succès en 1843 avec Les Mystères de Londres ­publié sous le nom de Francis Trolopp, influencé par Les Mystères de Paris d’Eugène Sue.

Si ce premier ouvrage connaît un succès d’estime, il ­installe surtout l’auteur dans la société des lettres. Ce seront Les Amours de Paris, second feuilleton de Féval, qui le consacreront comme auteur populaire de premier plan. Puis, le roman Le Fils du Diable (1846), une œuvre qui s’inscrit nettement dans la tradition du romantisme noir, va encore accroître son succès.

Comme Dumas et Sue, Féval est désormais riche. Comme eux, il s’affiche dans le monde. Son succès va s’accroître régulièrement, mais condamner l’auteur à rester un feuilletoniste, un écrivain méprisé de l’élite. Dès la fin des années 1840, le feuilleton est attaqué par les gens de plume (à commencer par Sainte Beuve) et les hommes politiques. S’il n’est pas leur cible privilégiée (on attaque plus volontiers Balzac, Dumas et Sue), Féval se voit, plus encore que ces trois auteurs mieux reconnus, cantonné dans la littérature de divertissement. Il varie certes les sujets, mais le fond et la forme de l’intrigue restent feuilletonesques, avec de très nombreux rebondissements, de l’action et de la narration enlevées, et une écriture qui ne renie pas les effets de pathos et la ­tonalité épique.

Parmi les genres privilégiés par l’auteur, il faut citer au premier chef les romans de mœurs, qui insistent sur un sentimentalisme qui multiplie les évocations de cœurs maltraités dans l’adversité (Alizia Pauli, 1848, Une ­pêcheresse, 1848). A côté de ces œuvres, l’auteur ­propose une série de romans sociaux qui, à défaut d’engager une véritable réflexion sur l’époque, tentent souvent ­d’exploiter le thème, déjà central dans Les Mystères de Londres, des relations entre Grande-Bretagne et Irlande (La Quittance de Minuit, 1846, Les ouvriers de Londres, 1848), tout en s’inscrivant résolument dans la perspective du récit de mystère urbain.

Enfin, Féval développe ses récits bretons, dont certains sont restés fameux. Le loup blanc (1843), publié régulièrement dans des éditions de jeunesse jusqu’aux ­années 1980, décrit une Bretagne mythique, peuplée de Bretons courageux et au grand cœur. Viendront ensuite La Fontaine aux Perles (roman historique paru en1845), Le mendiant noir (1846, roman de mœurs et de ­vengeance) et La Fée des Grèves.

La tentative de Féval, dans les années 1850, d’échapper au carcan du feuilleton et d’offrir, avec Le tueur de tigres (1853), une peinture de la société, est vouée à l’échec : elle ne correspond pas à l’image que le peuple et l’élite culturelle se font de l’auteur. C’est donc dans le feuilleton que Féval doit connaître la consécration, et cette ­consécration, c’est Le Bossu qui l’apportera en 1857. Il enchaîne ensuite avec des récits de mœurs, Le Roman de Minuit (1859) ou Annette Laïs (1863) et rencontrera un autre grand succès avec Les Habits noirs (1863-1875), œuvre monumentale en huit épisodes décrivant la lutte du héros contre une société secrète.

En faisant le choix d’une conversion en 1875, à la suite de revers de fortune, Féval mettra un terme à ce cycle pour lui préférer des œuvres d’un tout autre type. Dès lors, une bonne part des écrits de Féval visent à défendre l’église et à faire le portrait de ses plus grands serviteurs : Jésuites ! apparaît ainsi comme une apologie de la congrégation si souvent attaquée dans le roman populaire. Quant aux Merveilles du Mont Saint Michel, il reprend dans une perspective religieuse et édifiante le style et les thèmes des récits bretons de l’auteur. Plus généralement, une grande partie de la production littéraire de l’auteur est consacrée à la publication des tracts religieux destinés au public des paroisses. Il réécrira également ses œuvres antérieures pour les accorder avec les dogmes de l’église. L’œuvre de l’auteur n’a alors plus grand-chose à voir avec l’esthétique du roman d’aventures.

Au début des années 1880, il est sujet à des crises ­d’hémiplégie et il est recueilli par les frères Saint Jean de Dieu, à Paris. Quasi oublié dans ses dernières années, il meurt le 8 mars 1887.

Mais le flambeau de l’œuvre ne s’éteindra pas pour ­autant puisque son fils, Paul Féval fils, saura exploiter le filon ouvert par son père (mais aussi celui de Dumas, puisqu’on lui doit d’Artagnan contre Cyrano), dans une série de nouvelles aventures de Lagardère et de sa ­famille : il écrira ainsi La jeunesse du Bossu (1934), ­Cocardasse et Passepoil (1909), Les Chevauchées de ­Lagardère (1909), Le Fils de Lagardère (1893, avec A. d’Orsay), Les Jumeaux de Nevers (1895, avec A. d’Orsay), Mademoiselle de Lagardère (1929), La Petite Fille du Bossu (1931). Il exploitera également la veine des ­mystères urbains anglais avec Les Bandits de Londres.

À PROPOS DE L’ŒUVRE

Le Bossu

Ce récit, quintessence du roman de cape et d’épée, ­occultera par la suite la plupart des autres œuvres de ce prolifique romancier populaire, reléguant loin derrière –Les Habits noirs, Le Loup blanc ou Les Mystères de ­Londres– pour ne citer que ses œuvres les plus fameuses. C’est en effet, bien plus que les romans de Dumas dont il s’inspire en partie, le premier roman de cape et d’épée qu’écrit ici Féval, au sens où il donne la première place à l’aventure, et laisse l’Histoire à l’arrière-plan (là où Dumas reste généralement, et même dans Les Trois mousquetaires, un romancier de l’Histoire). Peu de ­figures historiques sont présentes dans cette œuvre, le personnage central est lui-même un personnage fictif, et l’intrigue, si elle met en jeu les conséquences des ­manœuvres économiques de Law, en reste essentiellement à des développements privés. Certes, le roman donne une peinture intéressante de l’atmosphère délétère de la France du régent Philippe d’Orléans. Mais c’est une France revue par le feuilleton, faite d’intrigues et de ­stupre. Les scandales de l’époque deviennent machinations, et l’ambiance est à l’orgie et à la perversité. Alors que la description de l’Espagne cède au goût de la ­couleur locale, la ville de Paris du XVIIIe siècle ressemble fort à celle des mystères urbains du XIXe siècle, avec ses repères de voyous et ses travers honteux des classes ­dirigeantes. Enfin, ce monde corrompu permet à Féval d’opposer deux univers : celui de l’Histoire, de la société et de la loi d’une part, inefficace et soumis à toutes les manigances, et celui du courage et des valeurs chevaleresques déclinantes à l’époque (mais chaque époque du roman d’aventures historiques ne décrit-elle pas le ­déclin des valeurs chevaleresques ?) incarné par Lagardère et le duc de Nevers. Dès lors, dans ce monde livré au chaos et au mal, l’aventure advient pour purger les ­travers de la société ; querelle personnelle et oppositions “historiques” se confondent dans la logique du feuilleton. Car si Lagardère participe aux spéculations financières de Law sous le costume du bossu, il ne le fait pas comme acteur de l’Histoire, mais pour perdre ses ­adversaires personnels grâce à de savants calculs. ­L’Histoire sert d’arrière-plan à la vengeance privée de Lagardère contre les anciens meurtriers de Nevers. Ses ennemis ne sont d’ailleurs pas des personnages historiques, mais de diaboliques adversaires tirés de l’arrière-plan de l’Histoire (le Prince de Gonzague) ou de la fiction (son âme damnée, M. de Peyrolles). Mais c’est la logique narrative surtout qui échappe à l’Histoire pour lui substituer les stéréotypes de l’aventure : déguisements, machinations, reconnaissances, vengeance, duels, héros protégeant l’orpheline et éveil à l’amour, autant d’éléments qui nous inscrivent dans la tradition du roman d’aventures feuilletonesque.

ÉRIC-EMMANUEL SCHMITT

Adaptateur

En une dizaine d’années, Éric-Emmanuel Schmitt est ­devenu un des auteurs francophones les plus lus et les plus représentés dans le monde.

Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, il s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations ­énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des ­sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie ­française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.

Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame rose et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Évangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation ­fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. Deux recueils de nouvelles se sont ajoutés récemment : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la ­recherche du bonheur, est inspiré par son premier film tandis que La rêveuse d’Ostende est un bel hommage au pouvoir de l’imagination.

En 2006 il écrit et réalise son premier film : Odette ­Toulemonde (sorti en février 2007).

Amoureux de musique, Éric-Emmanuel Schmitt a également signé la traduction française des Noces de Figaro et de Don Giovanni. Toujours curieux, il ouvre en ­permanence de nouvelles portes, tend de nouveaux ­miroirs, pour notre plus grand plaisir.

Il vit à Bruxelles et toutes ses œuvres en français sont éditées par Albin Michel.

OÙ EST LA BOSSE DE MON ENFANCE ?

L’origine de l’adaptation

Enfant, j’ai beaucoup joué aux mousquetaires, défié ­certains camarades avec mon sabre en caoutchouc et menacé d’autres d’un sonore “Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira-t-à toi !” (Oui, j’avoue ma faute : j’ai appris l’escrime avant l’orthographe).

Souvent, je m’approchais des adultes en titubant, l’échine pliée, le corps tordu, un rictus à la bouche, ­murmurant d’une voix grinçante “Touchez ma bosse, Monseigneur, ça vous portera chance.”

Adolescent, j’eus du mal à admettre que je ne porterai ni cape ni épée. Non, je n’affronterai personne en duel ; non, je n’utiliserai pas ma botte secrète, la botte de ­Nevers, pour tuer mes ennemis ; décidément, l’univers perdait ses couleurs, ses fantaisies, ses extravagances. Quant à ma bosse, elle avait glissé de mon dos à mon bassin avant et je n’osais plus en parler.

Adulte, je me suis vengé. Puisque plus personne ne ­voulait jouer à Lagardère avec moi, j’y ai joué tout seul : un mois de juin ensoleillé, pendant ma trentaine, j’ai écrit, entre deux pièces de théâtre très personnelles, cette adaptation du Bossu. Je l’ai fait par plaisir, pour me détendre, empruntant le chemin de la nostalgie.

J’avais envie de renouer avec ce chevalier bondissant et rusé, au coeur aussi tendre qu’est tranchant son fleuret, je souhaitais éprouver de nouveau ce bonheur des ­rebondissements, des coups de théâtre, du mélo qui, peut-être, nous tirerait des larmes si le héros n’avait l’élégance de courir vite.

“Touchez ma bosse, Monseigneur, elle vous portera chance”. Effectivement ! En explorant cette histoire, je retrouvai, dans la poche difforme que porte cet infirme sur son dos, un trésor perdu : l’esprit d’enfance, la croyance en un monde finalement juste, un monde où le bien triomphe, où les corps ne vieillissent pas, où la laideur n’est qu’une illusion.

Certes, je sais aujourd’hui que ce n’est pas vrai mais quelle joie de déguster, tel le narrateur de Proust ­mordant une madeleine, ce récit qui a la saveur des contes, le parfum de l’innocence.

Éric-Emmanuel Schmitt

LE CONTEXTE HISTORIQUE

La Régence

Les aventures de Lagardère ont lieu pendant une période relativement troublée de l’histoire de France.

La fin du règne de Louis XIV se déroule dans un climat assombri par les guerres ; des deuils successifs frappent la Cour. Le duc d’Orléans meurt en 1701, le Grand ­Dauphin, le duc de Bourgogne, sa femme et leurs fils disparaissent en 1711 et 1712, le duc de Berry en 1717. Le Roi n’a plus pour lui succéder qu’un arrière-petit-fils, troisième fils du duc de Bourgogne.

Inquiet de sa succession, Louis XIV fait légitimer les ­enfants qu’il eut de Madame de Montespan et, après 54 ans d’un règne historique, il meurt le 1er septembre 1715. Le futur roi Louis XV n’a que cinq ans.

Philippe d’Orléans est nommé Régent. Il écarte immédiatement ses rivaux et constitue un gouvernement selon le vœu des nobles. Les contemporains s’accordent avec Saint-Simon à louer chez le Régent la douceur et l’affabilité, mais à quarante et un ans, c’est déjà un homme usé par une vie de débauche.

La France connaît une situation financière catastrophique après les guerres incessantes et souvent désastreuses des dernières années.

Le système économique de Law

Le Régent va avoir recours à une solution originale : le système de Law qui, d’abord florissant, va s’effondrer dans la panique générale, en 1720.

Law était un financier écossais, né à Edimbourg (1671-1729), contrôleur général des finances de France, il fut le créateur de la Compagnie française des Indes. A la suite d’un duel, il dut quitter Londres pour Amsterdam puis Venise, fréquentant les grands centres bancaires. Ses idées étaient simples. Il considérait la monnaie comme un stimulant de l’économie. Attribuant la pauvreté du trésor et la stagnation du commerce et de l’industrie à la rareté du numéraire, il voulut y suppléer par la création de monnaie-papier, dont la maniabilité allait permettre une plus grande rapidité de circulation que celle de la monnaie métallique. Il s’inspirait de ce qui se passait en Angleterre et des institutions de crédit à Venise et à Rome. Les particuliers devaient déposer leur or et argent dans une banque gérée par l’Etat. Ils recevaient en échange des billets mais à n’importe quel moment le dépositaire pouvait convertir ces billets en monnaie métallique. Au début, la banque créée par Law connaît un énorme succès ; du coup, il se lança dans un vaste ensemble d’entreprises commerciales qu’il soutint avec un sens aigu de la publicité. La spéculation régnait partout jusqu’au jour où l’intérêt parut insuffisant en regard des sommes versées.

Quelques grandes personnalités demandèrent le ­remboursement en monnaies sonnantes et trébuchantes de leurs billets. Ce fut la panique puis la banqueroute. Law s’enfuit ruiné.

D’immenses fortunes s’étaient édifiées, d’autres s’effondrèrent aussi vite. Le spectacle de ces bouleversements abaissa dangereusement la moralité publique pour très longtemps en France et le papier monnaie se trouva ­discrédité.

L’avènement de Louis XV

Peu à peu, le Régent a renoncé à la politique qu’il avait voulu mener à son arrivée au pouvoir. Le Parlement, qui voulait exercer son droit de remontrances, fut exilé à Pontoise et ne revint à Paris qu’après soumission. À treize ans, la majorité du roi Louis XV fut proclamée (1723).

PASCAL RACAN

Metteur en scène

Pascal Racan connaît bien les spectacles théâtraux d’été à Villers-la-Ville puisqu’il y a joué en tant qu’acteur dans 9 spectacles depuis 1987.

Grand admirateur de Paul Féval et du Bossu dont il donna une interprétation éblouissante au Théâtre Royal du Parc en 1986, Patrick de Longrée et Rinus Vanelslander, les producteurs du spectacle, lui ont proposé d’endosser le rôle de metteur en scène pour sa 10ème participation à un spectacle théâtral d'été à Villers-la-Ville.

Une carrière de plus de trente ans

Comédien de renom, il collectionne un nombre impressionnant de rôles importants interprétés dans de ­nombreux théâtres. Ainsi, on a pu le voir notamment, ces dernières saisons au Théâtre Royal des Galeries dans Cyrano de Bergerac, Après le Crime, Tailleur pour Dames, Egmont, Drôle de couple, Mort sur le Nil, La ­Présidente, Le Nouveau Testament, L’Invité, Si c’était à ­refaire ; au Théâtre Royal du Parc dans Cuisine et ­dépendance ; au Centre Culturel d’Uccle et en tournée dans La Cage aux Folles, Le Dîner de Cons et L’Emmerdeur ; à l’Atelier Théâtre Jean Vilar dans Un Homme de ­Compagnie, Simenon, Silence en Coulisses, Maître Puntila et son valet Matti ; au Théâtre du Méridien dans Le ­Flamand aux longues oreilles, etc.

À Villers-la-Ville, on a pu l’applaudir dans Barabbas (mise en scène de D. Haumont) en 1987, Faust (mise en scène de D. Scahaise) en 1993, Hamlet (mise en scène de D. Haumont) en 1995, Images de la vie de Saint ­François d’Assise (mise en scène de S. Shank) en 1998, La Reine Margot (mise en scène de S. Shank) en 2001, Les Misérables (mise en scène de S. Shank) en 2002, ­Salomé d’Oscar Wilde (mise en scène de R. Kalisz) en 2005, La Balade du grand Macabre (mise en scène de S. Shank) en 2006 et Dracula (mise en scène de B. Bulté) en 2007, soit plus de 200 représentations !

Il a mis en scène Une Mesure d’avance d’Anne-Marie Etienne (au Théâtre Royal des Galeries) et deux monologues avec la comédienne Delphine Charlier : Orgasme adulte échappé du Zoo de Dario Fo et Moulin à Paroles (créés aux Jardins de ma Sœur à Bruxelles).